Histoires de femmes

Histoire de Coralie

Ecrit par 13 février 2018 Aucun commentaire

On peut se sentir seule face au combat face à l'aménorrhée hypothalamiqueJe vous propose de découvrir le témoignage inspirant de Coralie Lasvergnas. Elle a accepté de nous faire part des problèmes auxquels elle a dû faire face pour vaincre son absence de règles, pourquoi et comment elle en est arrivé là… Son histoire résonne peut-être avec la vôtre et montre que l’on peut s’en sortir:

J’étais une petite fille ronde et pour moi la minceur, c’était le rêve absolu! Dans ma famille, la minceur et les régimes étaient très importants. Ils faisaient partie de la vie de tous les jours.

Je suis partie m’installer en Angleterre à l’âge de 23 ans et quand je revenais tous les trois mois pour voir ma famille, le premier truc qu’on se disait avec mes parents, c’était:

Super, tu as minci !” ou “Tu trouves que j’ai minci ?”. Si au contraire j’avais pris un ou deux kilos, je ne me sentais pas bien et j’avais peur qu’on le remarque.

J’ai toujours fait du sport, de la natation en particulier mais c’était souvent avec l’idée de perdre du poids derrière la tête. J’ai deux soeurs plus jeunes que moi dont le poids aussi fluctuait et malheureusement une certaine compétition s’est installée entre nous.

Je voulais régler mes problèmes digestifs en changeant d’alimentation…

J’ai aussi toujours été plus ou moins au régime, je faisais plus ou moins attention à mon alimentation… mais c’est en essayant de régler des problèmes digestifs que j’ai vraiment “dépassé les bornes”.

J’avais des ballonnements après chaque repas et des brûlures d’estomacs très douloureuses. J’avais du mal à manger des repas de taille normale et je sentais mon estomac tellement plein que j’en avais du mal à respirer même après un léger repas. Ces problèmes avaient une influence sur tous les aspects de ma vie, j’étais inquiète et je ne me sentais vraiment pas bien dans ma peau. J’avais aussi des douleurs bizarres dans la poitrine et je dormais très mal.

Les médecins ne trouvaient rien qui puissent provoquer ces douleurs et les médicaments prescrits n’y changeaient rien. J’ai passé beaucoup d’examens médicaux sans qu’on détecte le problème. Je me suis donc tournée vers des méthodes plus “naturelles” et un changement d’alimentation. J’ai vu un acupuncteur toutes les semaines qui m’a prescrit des herbes chinoises. Je devais les faire bouillir pendant des heures et boire le résultat…infect.

 J’ai retiré de plus en plus d’aliments de mon alimentation (gluten, laitages, sucres puis ensuite tous les céréales et féculents, la viande rouge…) en espérant que cela allait m’aider. Je sais qu’il y a la mode du “sans gluten” mais à l’époque, j’étais assez désespérée. Je souhaitais vraiment régler mes problèmes digestifs. J’aurais essayé n’importe quoi. J’ai par exemple suivi le régime ‘Candida’, très restrictif et qui est censé aider à se débarrasser des parasites (qui peuvent causer des troubles digestifs). Aucune de ces méthodes n’a amélioré ma digestion malheureusement. Mais elles m’ont toutes faites perdre du poids et j’en avais déjà perdu à cause de ces problèmes digestifs.

J’étais donc à la fois très inquiète car mon ventre me faisait vivre un enfer et aussi très contente d’avoir réussi à devenir très mince.

Marcher des heures et des heures…

Je me suis mise à faire de plus en plus de sport, en particulier la marche à pied, au moins trois ou quatre heures par jour. Je partais deux heures plus tôt de chez moi pour pouvoir marcher tout le trajet. Et je ne parle pas d’une balade sympa en forêt pour prendre l’air à écouter le chant des oiseaux mais d’une marche quotidienne forcée le long d’une grande route!

Je me suis mise aussi à la course a pied et je suivais des cours dans une salle de gym. C’était des activités que je pouvais pratiquer avec mon père et au début, c’était vraiment un plaisir de passer ces moments ensemble.

Mais tout ce sport est devenu une obsession. Si je ne pouvais pas aller courir, j’étais vraiment paniquée et stressée. Cependant, je pense que ce qui a été le plus nocif, a été toute cette marche quotidienne épuisante.

En plus, je ne m’alimentais vraiment pas assez par rapport à toute cette activité physique et mes propres besoins énergétiques.

Le stress mental est venu s’ajouter au stress physique

Pour vous décrire un peu le contexte, je reprenais des études afin d’obtenir un doctorat. Et ceci en parallèle d’un boulot à plein temps, émotionnellement difficile, auprès d’enfants placés en famille d’accueil. Longtemps après, j’ai réalisé que l’hypercontrôle que j’exerçais sur mon alimentation et l’activité physique étaient aussi une façon de gérer mon stress. Et je devais de toute façon faire attention à mon alimentation du fait de mes problèmes digestifs.

Mais, à un moment, ça a basculé et le remède est devenu pire

En même temps, j’appréciais les commentaires de mes collègues qui louaient ma discipline et mon “self-control” autour de la nourriture. J’apportais tous les jours mon repas au travail et je ne mangeais jamais aucun des aliments que je m’ étais interdits. Même le jour de mes trente ans, j’ai réussi à cacher dans une serviette en papier la part de gâteau que mes collègues avaient gentiment acheté pour moi et la jeter à la poubelle. Ca me rend tellement triste d’y repenser!

J’arrête de prendre la pilule…et plus de règles

J’ai beaucoup changé de pilule dans ma vie car j’ai toujours eu des effets secondaires, comme des pertes de cheveux, des sautes d’humeur. Je me suis dit que mes problèmes digestifs étaient peut-être causés par ma pilule. Je l’ai arrêtée pour voir et mes règles ne sont pas revenues les mois suivants.

J’ai vu plusieurs médecins, deux gynécologues et des généralistes. Et j’ai été assez déçue de la prise en charge. Si je ne souhaitais pas être enceinte tout de suite, ils ne comprenaient pas vraiment le problème et pourquoi je voulais retrouver mes règles.

Mon IMC était de 19 donc j’étais considérée comme “normale”. Mais toute ma vie, j’avais eu un poids de forme plus élevé donc je pense que pour moi, mon corps ne savait pas fonctionner à ce poids devenu trop bas. En tout cas, je n’ai pas eu mes règles pendant quatre ans.

Un mauvais diagnostic pour expliquer cette absence de règles

Il m’a été diagnostiqué un syndrôme des ovaires polykystiques (SOPK) sans examen plus approfondi mais seulement sur la base d’une absence de règles prolongée. Le docteur m’a même dit qu’au contraire, c’était très bien que je fasse plein de sport et que je surveille mon alimentation car “vous savez, le surpoids et l’obésité sont des facteurs de risques majeurs pour la santé !”.

Je n’avais pas d’interlocuteur privilégié dans le système médical. Je ne savais plus vers qui me tourner.

J’ai quand même vu un deuxième gynécologue. Cette fois, j’ai fait une échographie et mes ovaires avaient l’air polykystiques. Mais j’ai appris par la suite que cette anomalie était fréquente chez les femmes souffrant d’aménorrhée hypothalamique. Mes analyses de sang indiquaient que toutes mes hormones étaient au plus bas. Le gynécologue m’a annoncé que je ne retrouverai jamais mes règles et que j’aurai besoin de traitements contre l’infertilité pour avoir des enfantsCa m’a fait tellement mal au coeur!

Ce deuxième gynécologue pensait aussi au SOPK et m’a prescrit de la metformin, qui est un médicament qui aide au contrôle de l’insuline. Les personnes qui ont ce SOPK sont souvent résistantes à l’insuline et en produisent beaucoup ce qui crée ensuite des problèmes d’ovulation. Ca n’a pas marché et j’ai eu des effets secondaires vraiment désagréables comme des nausées et des maux de ventre. J’ai perdu davantage de poids.

Il était temps de faire quelques recherches par moi-même

Comme je faisais un doctorat, j’avais accès à toutes les librairies universitaires en ligne et je me suis donc mise à rechercher des solutions et des réponses à cette absence de cycle menstruel. A l’époque, je voyais aussi une psychanalyste qui m’a aidé à y voir plus clair et à me faire comprendre que je contribuais à mon problème, à savoir l’hypercontrôle de la nourriture et de mon alimentation.

J’ai mis beaucoup avant de prendre conscience de tout ça. J’étais tellement convaincue qu’au contraire, je soignais mes problèmes digestifs et mon aménorrhée avec mes régimes bizarres…

C’était d’autant plus difficile que les médecins n’avaient jamais pensé que j’étais sous-alimentée. Ils n’étaient pas très surpris par ma très longue marche à pied quotidienne et ils pensaient que ces troubles menstruels n’arrivaient qu’aux sportives professionnelles ou aux anorexiques! C’est difficile d’aller à l’encontre de l’avis des médecins.

J’ai pris rendez-vous avec un endocrinologue et là, il a tout de suite trouvé le problème. Au fond de moi, je pense que j’étais convaincue que la combinaison régimes restrictifs/activité physique intense était la source du problème mais j’avais besoin de l’entendre. Il m’a conseillé de réduire le sport et de manger davantage, en particulier des féculents, du riz, des pâtes, aliments que je m’étais interdits depuis un moment. Et j’ai essayé pendant quelques mois.

Parmi toutes mes recherches, j’ai trouvé le livre “No Period. Now What?” (NPNW) de Nicola Rinaldi (http://www.noperiodnowwhat.com). Ce livre est excellent, un mélange d’explications scientifiques mais aussi des conseils et  des témoignages très humains.

Mon compagnon est très mince et sportif et il ne comprenait pas vraiment le problème. Il y a un tel consensus autour du sport pour dire que c’est bon pour la santé. J’ai trouvé très difficile d’expliquer à ma famille, mes amis et mes collègues ce que je vivais et les problèmes que je devais surmonter. Je pense aussi que mon compagnon aimait bien ma silhouette plus mince.

Cela a été très dur de reprendre du poids surtout quand on a été (trop) ronde auparavant. Les vêtements qui deviennent trop serrés, voir les photos de moi plus mince… Pendant que je reprenais du poids, ma sœur en a perdu beaucoup et a évidemment reçu beaucoup d’attention positive de la part de ma famille. J’ai failli laisser tomber plusieurs fois ma “guérison”, reprendre le sport et les régimes, mais j’ai tenu bon.

Le retour de mes cycles menstruels

Mes règles ne sont pas revenues naturellement. Je ne pouvais pas manger assez en quantité à cause de mes problèmes digestifs qui persistaient. J’ai pris péniblement deux ou trois kilos en six mois malgré un arrêt total du sport. Je souhaitais retrouver un IMC d’environ 22 ou 23, minimum statistiquement préconisé pour retrouver ses règles.

Je suis retournée voir l’endocrinologue. Il m’a proposé de prendre pendant trois mois, un médicament normalement utilisé pour declencher une ovulation (Clomid) et de voir si ce traitement faisait repartir mes cycles menstruels. Parallèlement, ce médecin m’a encouragé à manger davantage et à me reposer. Et ça a marché!

Trois cycles en utilisant le Clomid, après un cycle toute seule et ça continue! J’étais tellement contente et soulagée de retrouver enfin mes règles.

J’ai réussi à bien me détendre pendant le traitement, j’avais plus de temps pour faire des choses que j’aimais comme par exemple la création de bijoux. Je me suis même inscrite à des cours.

Sans toute cette marche à pied, j’avais beaucoup plus de temps pour moi et je me suis sentie libérée.

J’ai aussi trouvé une masseuse spécialisée dans les massages abdominaux. Cela m’a aidé à me détendre et à atténuer mes problèmes digestifs. J’ai pris un peu plus de poids sans trop m’en inquiéter. Cette fois, j’étais totalement convaincue que c’était la bonne chose à faire.

Retrouver un cycle menstruel naturel a vraiment été une sensation géniale. Aussi bizarre que cela puisse paraître, j’ai toujours bien aimé avoir mes règles. J’ai donc retrouvé ce “plaisir”, signe que mon corps de femme fonctionnait et me faisait de nouveau confiance. Je voulais aussi mettre toutes les chances de mon côté pour tomber enceinte sereinement, sans devoir recourir à des traitements hormonaux. Cela m’a rassuré et aidé à accepter mes soi-disant rondeurs.

Cela peut paraître bête mais j’ai retrouvé le plaisir de porter des talons, chose impossible pour pouvoir faire toute cette marche à pied!

Mes problèmes digestifs se sont améliorés en mangeant beaucoup moins de fibres notamment et en me détendant. Fini les repas avec que de la salade et des légumes crus !! 

J’ai gagné en sérénité et je m’écoute davantage

En tout, j’ai pris une dizaine de kilos en un an.

Par la suite, j’en ai reperdu naturellement quelques-uns sur une durée de 6 mois, tout en conservant mes cycles menstruels. Je n’ai aucun régime mais je ne me forçais pas à manger non plus. Je m’écoutais tout simplement.

J’ai aussi repris une activité sportive modérée.

Je fais de belles balades pour le plaisir dans la nature avec mon compagnon et biensûr plus de marches de deux heures à 6.30 du matin le long de la route. S’il pleut ou que je suis fatiguée, je prends le bus!

Chaque mois, lors de mes règles, je suis presque émerveillée que mon corps fonctionne bien et que mes cycles soient revenus.

Je suis maintenant com-plè-te-ment allergique aux discussions sur les régimes, l’alimentation “super healthy”, le fitness, les bonnes résolutions de Janvier….!!

Le chemin vers la “guérison” n’a pas été facile mais ça valait vraiment le coup. Cela a totalement changé ma vie. J’ai retrouvé une certaine liberté mentale, du plaisir, de la simplicité et un équilibre de vie. Si j’ai pu le faire, vous le pouvez aussi, je vous assure!

Maintenant mon désir le plus cher serait de tomber enceinte.

Des similitudes avec votre propre histoire? des questions? des remarques?  Je les attends avec impatience dans les commentaires ci-dessous ou bien de vive voix!

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