Histoires de femmes

Mon histoire

Ecrit par 26 janvier 2018 Aucun commentaire

Voici mon histoire, celle d’une jeune femme passionnée de sport, très épanouie pendant plusieurs années mais qui est allée trop loin. Je souhaitais la partager et livrer des détails intimes de ma vie car je pense que bon nombre de jeunes femmes pourront s’y retrouver et se rendre compte qu’elles ne sont pas seules dans ce cas-là, à « souffrir » en silence et que l’on peut vraiment s’en sortir, j’en suis la preuve.

J’adore interagir avec mes lecteurs donc n’hésitez pas à laisser vos commentaires et/ou vos retours à la fin de cet article !

Le sport, ma passion depuis toute petite

J’ai toujours été passionnée par le sport et très active depuis mon plus jeune âge. J’adorais le cross au collège, j’attendais avec impatience les cours de tennis du samedi matin, je ne manquais presque aucune épreuve des JO à la télé que ce soit ceux d’hiver ou ceux d’été. Je ne pouvais décoller mes yeux de la télévision pendant la quinzaine de Roland Garros…

Pendant mes études d’ingénieur chimiste, je suis partie en 2004 à l’étranger notamment à Montréal à l’université McGill. Une de mes meilleures amies m’a fait découvrir la boxe française. Ca a été le coup de foudre pour ce sport qui est devenu une véritable passion. J’ai assez vite pris goût aux entraînements et à la compétition alors que je détestais cela dans mon enfance. J’ai remporté des championnats nationaux dans ma catégorie de poids. J’étais au sommet de ma forme et je me sentais à ma place.

Tatiana Vassilieff Mon histoire bodylancia - combat 2011 contre Mélanie BonyDe retour en France en 2007, j’ai continué la compétition de boxe française. L’ambiance dans le club était très sympa et les entraîneurs très à l’écoute. Mais mon travail combiné aux entraînements quotidiens commençait à générer beaucoup de stress physique et mental. Je faisais beaucoup de sacrifices, sortais exceptionnellement et voyais peu mes amis. Mes performances commençaient à stagner… Parallèlement, je me suis mise à surveiller un peu mon alimentation même je n’avais aucune difficulté à rester dans ma catégorie de poids. Je me pesais rarement, mais obligatoirement avant chaque combat. Et oui, comme tout sportif qui se respecte même amateur, je pensais que mon régime alimentaire devait être « super clean » pour avoir un beau corps musclé et performant. Evidemment, j’ai trouvé toutes sortes d’informations sur internet, sur les entraînements, les aliments à consommer et à bannir donc “adieu” cookies, glaces, frites… Dans ma tête, je me suis imposée des règles alimentaires strictes avec des aliments « bons » ou « mauvais » pour ma santé.

Trop de sport, trop de stress, plus de plaisir… j’arrête la compétition

  •  entraînement intensif
  •  stress
  • manque de sommeil et de périodes de récupération complète
  • alimentation trop restrictive et insuffisante par rapport à mon activité

Ce rythme de vie et le régime que je me suis imposé ont abouti à un arrêt de mes règles et un métabolisme perturbé.  J’ai donc décidé de mettre un terme au sport de haut niveau pendant deux ans environ de 2010 à 2012.

Je me suis remise un peu plus à la course à pied que j’adorais et je reprenais vraiment plaisir à pratiquer une activité sportive avec modération et sans pression. Cependant, mes cycles menstruels ne sont pas revenus pour autant et c’est là qu’a été mon erreur.

Je pensais que c’était la préoccupation des jeunes femmes qui désiraient tomber enceintes et je n’étais pas consciente des conséquences sur mon métabolisme, mes os et ma forme en général. Et, pour être honnête, quand on baigne dans le sport de haut niveau, c’est « normal » d’être en aménorrhée. J’étais en plein dans ce que l’on appelle « la triade de la sportive » mais j’étais dans le déni. Je me disais que je verrais cela plus tard.

La forme revenait. Je me suis inscrite à des courses telles que des 10 kms, semi-marathons, trails puis je me suis mise au triathlon parce que c’est un sport qui m’a toujours fasciné.

Je reprenais peu à peu plaisir à apprendre, à progresser, à essayer de dépasser mes limites.

Le goût de l’effort et le dépassement de soi mais…

L’ambiance dans le club de Triathlon était vraiment sympa et l’émulation était saine.

Après une période de bien-être, de plaisir dans l’effort, courir avec les copines de l’équipe de triathlon, je commençais à stagner, je me blessais. J’étais « fit » en apparence mais, au fond de moi, je n’arrivais plus à avancer. J’avais l’impression d’avoir des boulets aux pieds. Les « chronos » n’étaient plus au rendez-vous. Et évidemment, je me disais que je ne m’entraînais pas assez alors que la première chose à faire aurait été de me reposer. Il y a un mot pour cela : le surentraînement.

Tatiana Vassilieff Mon histoire bodylancia - photo au départ du triathlon d'Embrun 2015Insidieusement, j’étais de nouveau devenue rigide et obsessionnelle dans mes habitudes et comportements alimentaires. De plus, ayant pratiqué des sports à catégorie de poids (la boxe française) et ensuite d’endurance (course à pied et triathlon), je pensais que le mieux, pour moi, était d’être la plus légère possible pour être performante.

Je ne voulais pas l’admettre mais j’avais développé de vrais troubles alimentaires et une addiction à l’activité physique. J’étais allée trop loin dans ma volonté de faire les choses bien et dans ma quête de perfection.

Pendant toute cette période de pratique du sport de façon intensive, j’ai souffert d’aménorrhée hypothalamique fonctionnelle ce qui signifie que je n’ai pas eu mes règles et ce pendant près de 10 ans. J’adorais bouger, me dépenser mais à un moment mon activité physique est devenue trop soutenue et stressante. Je me suis en quelque sorte rendue « esclave » d’un planning d’entraînement trop chargé et inadapté à ma forme du moment.

Le check-up médical : la « claque » et la prise de conscience

Octobre 2015, fin de la saison de triathlon, épuisée, je fais une prise de sang de contrôle et les résultats ont confirmé mon « état » : anémie, hormones en vrac, taux de cholestérol anormalement haut, ostéoporose…. Verdict : j’avais le physique d’une fille de 14 ans dans un corps d’une femme de 70 ans dû à cette aménorrhée hypothalamique. Il a fallu tout d’abord que j’admette que j’avais été dans le déni encore une fois. Je savais au fond de moi que je faisais trop de sport, que je ne mangeais pas assez, qu’il fallait que je ralentisse le rythme des entraînements, que je me repose… la perte de règles n’était que la partie émergée de l’iceberg.

Sur le papier, c’était simple : manger plus et faire moins ou pas de sport du tout, l’opposé des recommandations de santé traditionnelles. Je devais reprendre du poids. Super! hop sur le canap’, amenez-moi les chips, les glaces, les cookies, les pizzas et en avant le marathon Netflix !! Et bien non, pas du tout. Quand on a vécu dans un corps mince et musclé pendant près de 15 ans, on s’est habitué à se sentir « fit » et à avoir une certaine image de soi.

Cette vie de sportive amateur était devenue la norme pour moi. J’étais considérée comme la petite sportive, souriante et dynamique, c’était mon « identité ». Mais derrière ce masque, je ne me sentais pas bien mais il fallait que je lâche prise.

Changer mes habitudes et accepter de faire « la marmotte » pendant un temps

Je n’avais pas d’autre choix que d’abandonner tout cela temporairement afin de retrouver une bonne santé, un équilibre de vie, ma vie tout simplement.

  •  j’ai admis qu’il fallait que j’arrête le sport complètement pour me reposer dans un premier temps. Je ne compte pas le nombre d’heures à dormir : oui je me levais le matin fatiguée, je prenais mon petit-déjeuner fatiguée et j’allais me recoucher (dès que je le pouvais) fatiguée. Cela a duré un mois environ. Mais peu à peu, j’ai retrouvé cette sensation de bien-être et de sérénité que je n’avais pas connus depuis des années. Mon activité physique a été réduite au minimum. Je marchais pour effectuer mes déplacements bien sûr et je m’étirais un peu le soir. Mais je ne me forçais en aucun cas à bouger pour bouger. Grâce à ce processus, je me suis « désintoxiquée » non pas du sport mais de ce besoin de faire du sport. Je réalisais que ne pas faire d’activité physique était devenu vraiment insupportable et gâchait ma journée si je ne pouvais pas caser ma séance comme prévue.
  • j’ai accepté de prendre du poids. Je peux vous assurer que regrossir dans cette société qui prône les régimes alimentaires et la minceur est très difficile. Que ce soit à la télévision, dans les magazines, sur les réseaux sociaux, nous sommes sans cesse bombardés de messages nous incitant à faire attention à notre ligne ou à maigrir à tout prix. J’ai repris 5 kilos en 6 mois. Cela a été assez inconfortable mais pas insurmontable. J’étais serré dans mes jeans au niveau des cuisses et de la taille donc ça a été l’occasion d’aller faire un peu de shopping et de renouveler ma garde-robe !
  • j’ai changé mes habitudes alimentaires et ma façon de voir les aliments. J’avais catégorisé ces derniers en « bons » et « mauvais » ce qui a engendré la mise en place de règles strictes dans ma tête. Je devais manger certains aliments à certaines heures et en certaines quantités. J’ai fait face aux aliments que j’avais bannis de mon alimentation par peur de grossir. Je me suis rendue compte que cette part de gâteau au chocolat était délicieuse, que je n’avais pas pris 100 kilos en deux secondes et que la terre continuait de tourner.
  • j’ai écouté mes sensations de faim. Au début, j’avais l’impression de manger plus qu’il ne le fallait : entrée, plat, fromage, dessert. J’avais une vision faussée des quantités. Ce qui pouvait paraître un repas « normal » pour une personne lambda me semblait énorme, d’autant plus que le sport est connu pour être un coupe-faim. Donc, au fur et à mesure, mon estomac s’est réadapté. J’ai accepté d’avoir faim un peu tout le temps. Si j’avais déjeuné et que deux heures après j’avais encore faim, je mangeais sans me soucier de « il n’est pas l’heure de manger ». Cela peut paraître totalement non conventionnel mais cela fait partie de la « guérison » aussi bien physique que mentale.
  • j’ai arrêté de suivre les jeunes femmes « super fit » et mes sportives préférées sur les réseaux sociaux ou sur internet. Cela me donnait un sentiment de culpabilité de ne rien faire et je ne voulais surtout pas « rechuter ». Cette étape a été importante pour ne pas être influencée et me concentrer sur moi-même.
  • j’ai trouvé d’autres centres d’intérêt que le sport ou plutôt j’ai retrouvé ceux que j’avais laissés de côté avant de mettre toute mon énergie dans le sport et la compétition. Je me suis mise à lire beaucoup de romans, à regarder des séries, à aller au cinéma, à sortir de nouveau avec mes amis…cette relative oisiveté m’a fait énormément de bien, m’a permis de ralentir et de déstresser. Car je devais tout optimiser pour travailler, caser mes entraînements, récupérer…j’étais devenue stricte dans tous les aspects de ma vie.
  • j’ai pris conscience que mon identité n’était pas seulement fondée sur le sport et que j’étais davantage qu’un corps qui me servait « d’outil » en fin de compte. J’ai réalisé que je pouvais être une consultante en informatique compétente, une amie marrante, disponible et à l’écoute. Progressivement, au bout de trois mois, mon humeur et ma personnalité ont changé. J’étais moins irritable et beaucoup plus sereine. J’ai fendu cette carapace que je me suis forgée pour atteindre mes objectifs. Et puis avec beaucoup de patience et de persévérance, j’ai retrouvé mes règles et donc combattu cette aménorrhée hypothalamique. Un sentiment de joie immense. Je me sentais enfin femme et libre dans ma tête.

Je ne vous cache pas que ça n’a pas été simple. Mes pensées et émotions ont fait les montagnes russes pendant tous ces mois mais je n’ai pas lâché. Je me suis impliquée à 100% dans ce processus et je me suis faite confiance, car je savais pourquoi je faisais tout ça pour retrouver la santé et un équilibre de vie. De toute façon je ne pouvais plus continuer à ce rythme. Moi seule pouvais prendre la décision de « guérir ». Et je ne le regrette pas une seule seconde.

Se faire confiance, s’écouter et retrouver un équilibre de vie

Maintenant j’ai repris le sport tranquillement, je suis en pleine forme, je m’écoute beaucoup plus, je me sens plus forte physiquement et mentalement paradoxalement, je me sens enfin « normale ».

Il n’y a pas besoin de faire de la compétition à haut niveau pour développer ces troubles du comportement. Toutes les femmes (et les hommes) peuvent tomber insidieusement dans cette spirale. Alors, croyez-en mon expérience, si vous êtes enfermé(e) dans ce schéma, vous allez vous en sortir à condition de vous impliquer à 100% dans ce processus terrifiant au début. Mais il a fonctionné pour moi et pour beaucoup d’autres femmes. Je vous promets que votre vie va changer !

Maintenant, assez parlé de moi, j’ai hâte de lire vos commentaires ou peut-être votre histoire donc à vos claviers!

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